Direct Matin Montpellier Plus

18-10-2017

« UNE VISION APAISÉE DU MYTHE DE PROMÉTHÉE »

Le dernier ouvrage de Fabrice Mouthon : Le sourire de Prométhée l’Homme et la nature au Moyen-Âge, enquête sur les relations entre l’Homme et la Nature au cours du millénaire médiéval qui sera le sujet de la conférence de ce soir.

Quel a été votre parcours et d’où vient votre intérêt pour les sociétés médiévales ?

J’ai fait mes études à bordeaux, d’abord en Économie (DEUG Sciences économique, maîtrise de gestion puis agrégation) puis en Histoire (licence maîtrise, doctorat). Après neuf ans comme professeur d’économie et de gestion en Lycée, je deviens maître de conférences en histoire du Moyen âge à l’université de Savoie en 1996.

Quelle est la plus grande question qui vous anime dans votre recherche ?

Depuis le départ j’ai souhaité travailler sur le monde paysan, les villages, les champs, les institutions villageoises. Depuis plusieurs années, ce sont les rapports entre les sociétés anciennes et leur environnement, particulièrement l’environnement montagnard et ses contraintes.

Quels sont les plus grands changements environnementaux qui ont marqué le millénaire médiéval ?

Incontestablement ce que l’on appelle « les grands défrichements » c’est-à-dire la transformation des bois, des marais, des landes en champs, en prés ainsi que la création de milliers de villages et de villes entre l’an mille et la fin du XIIIe siècle. C’est aussi l’époque où sur les bords de la mer du Nord, les hommes commencent à créer des digues et des polders, créant un littoral complètement artificiel sur des centaines de kilomètres.

Ont-ils une origine davantage conceptuelle ou technologique ?

Certes les hommes du Moyen Âge central ont des moyens accrus en termes d’outillage notamment en fer mais ce n’est pas là l’essentiel. L’aiguillon premier, c’est le nombre. La croissance démographique pousse à l’extension de l’espace cultivable qui, à son tour, nourrit la croissance démographique. Le christianisme joue aussi son rôle dans la mesure où, après l’an mille, il valorise globalement cette transformation. En transformant la nature sauvage en nature domestiquée, l’homme est allié à Dieu. Il poursuit en quelque sorte son œuvre et rend la nature plus belle. Mais je pense qu’il ne faut pas exagérer cet aspect. C’est bien le nombre qui pousse les hommes en avant.

De quelle manière pensez-vous que nos façons actuelles de traiter des questions d’écologie sont héritières de celles du Moyen-Âge ?

Pour certains aspects seulement. Les pratiques de l’ONF sont les lointaines héritières des ordonnances de Meulon. Pour le reste, il y a une grande différence. Pour les hommes du Moyen Âge, la transformation de la nature par l’homme est bénéfique en soi. L’homme rend la nature meilleure, plus belle. La nature sauvage, même si tous ne pensent pas comme cela, est vue comme plutôt démoniaque. Aussi, s’il faut préserver les bois, ne pas pêcher les poissons trop petits ou limiter le droit de chasse, c’est pour protéger les ressources naturelles ou les réserver aux bénéfices de certains et non pour préserver une quelconque biodiversité. C’est une vision utilitariste, beaucoup plus qu’une vision éthique.

Qu’en est-il du sourire de Prométhée, créateur de l’Homme, selon la mythologie grecque ?

Prométhée est ce Titan qui prend la défense des hommes contre les dieux injustes envers eux. En particulier, il leur vole la technologie notamment le feu pour la donner aux hommes afin qu’il puisse manger de la viande cuite (je reprends l’interprétation du mythe qu’en a donné Jean-Pierre Vernant dans « Mythes et religion en Grèce ancienne »).

Il est pour cela gravement puni par Zeus. Au Moyen Âge, on connaît le mythe même si on l’évoque assez peu et de façon ambiguë. Contrairement aux Grecs, les gens du Moyen Âge lorsqu’ils transforment la nature ou mettent au point de nouvelles technologies (moulins industriels, hauts fourneaux…), n’ont pas l’impression de défier Dieu. Ils ont au contraire son appui et sa bénédiction. C’est, si l’on veut, une vision optimiste et apaisée du mythe de Prométhée, celui des hommes jardiniers de la nature sous l’œil bienveillant de Dieu.

Propos recueillis par

LEONOR LIOTTIER

Doctorante à l’UM3 en archéologie des Sociétés Méditerranéennes,

rattachée au CNRS et au CEPAM

Centre Rabelais, bd Sarrail. Ce soir, 20 h. Gratuit. À écouter sur Divergence FM 93.9 et sur www.montpellier.fr
L’historien explique de quelle manière l’homme a voulu prolonger “l’œuvre de Dieu”.

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