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10-03-2017

MEESE EST UN SALE GOSSE !

Enfant terrible. Il en va des expressions comme des paires de ciseaux : à être trop utilisées pour tout et n’importe quoi, elles finissent par perdre leur tranchant, et nous de même, le fil. Mais, là, non ! Jonathan Meese est bel et bien un enfant terrible !
Invité par Numa Hambursin au Carré Sainte-Anne, à Montpellier, le grand artiste néo-expressionniste allemand n’a pas investi les lieux, il les a envahis, submergés, barbouillés, culbutés, atomisés, éparpillés, déridés, déssillés, quadri-dimensionnés… Il a appelé cela Dr. Merlin de Large (Marquis Zed de Baby-Excalibur) et quelque chose nous dit que ça l’a bien fait marrer. Pas quelque chose, quelqu’un : Jonathan Meese lui-même. Cheveux interminables couleur ébène veinée d’argent, bouc raisonnablement méphistophélique, l’artiste né à Tokyo en 1970 semble un Raspoutine en survêtement Adidas.
Il sourit, mais cela n’a rien d’inquiétant, ni de glaçant. Il sourit parce qu’il est content. Pas satisfait comme cet artiste qui vous parle de lui avec cette articulation insensée de celui qui ne veut pas écraser les framboises entières qu’il cache dans ses bajoues. Non, lui est content comme un sale gosse s’est surpassé, sans que l’on sache vraiment la véritable nature de son prodige… Du reste, c’est l’un des objets de cette exposition que de nous inviter à ne pas en croire nos yeux dans tous les sens (dessus dessous) de l’expression.
« Il faut tout attaquer, tout remettre en question, à commencer par soi-même ! Moi, je suis condamné à créer, que ça plaise ou non, je m’en fous, c’est impérieux ! Mais surtout pas trop de théorie, pas trop de concept, le plus important c’est faire. Et faire librement ! ». Jonathan Meese est un collectionneur anarco-frénétique qui accumule les citations savantes et les bidules pop, empile ses propres chefs-d’œuvre et les âneries intimes, en se contrefichant des échelles, des hiérarchies, des harmonies.
Et il se plaît ensuite à combiner ce fatras hétéroclaste à l’instinct, d’une façon bizarre et maligne que les esprits sérieux s’empresseront de trouver provocatrice. Jonathan Meese ne cherche pas tant à provoquer qu’à créer, rêver, jouer : « L’art survit à tout, parce qu’il est le futur et que le futur est toujours à advenir. Les enfants sont le futur et font le futur. Parce qu’ils jouent, ils font de l’art et ils sont l’art. L’art c’est le jeu, l’art c’est le futur, l’art c’est la liberté sans entrave », poétise à la façon d’un vrai faux gourou qui appelle de ses vœux, la ‘dictature de l’art’ tout se défiant du sens nostalgique des mots, de la symbolique flétrie des images.
Jérémy Bernède
Jusqu’au 30 avril. Carre Sainte-Anne,
2 rue Philippy, Montpellier. Entrée libre.
04 67 60 82 11.

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