Direct Matin Montpellier Plus

08-03-2017

« TOUTE FRONTIÈRE SÉPARE ET RELIE »

Et si nous pensions la frontière comme espace de rencontre ? Ce soir, Lucile Medina, maître de conférences en géographie à l’université Paul-Valéry Montpellier 3, spécialiste des questions frontalières, nous propose une conférence intitulée « Le pont et la porte : par-delà les frontières des États » à l’Agora des savoirs, en partenariat avec les Cafés Géo. Entretien en préambule.
Vous évoquez le sociologue Georg Simmel et son idée du pont qui relie et de la porte qui enferme pour discuter les frontières étatiques. Vous analysez notamment la frontière comme un espace d’échanges et de coopérations mis en œuvre par des accords binationaux et des initiatives locales, de quoi parle-t-on exactement ?
Toute frontière porte en elle cette ambivalence : à la fois pont et porte, ouverture et fermeture, obstacle et opportunité. Toute frontière sépare et relie, elle confronte à l’Autre et permet de construire sa propre identité. Ce qui se passe dans le monde ces dernières années nous amène à voir plutôt les murs qui se dressent, matériels ou juridiques, sur certaines frontières, de Schengen ou des Etats-Unis par exemple. L’élection de Donald Trump et les déclarations de ce dernier sur l’immigration et sur la poursuite de la construction du mur à la frontière des États-Unis en sont des exemples éclatants.
« Des pratiques frontalières qui jettent des ponts »
On ne peut pas dire pour autant que la frontière avec le Mexique soit une frontière fermée, elle est traversée par de multiples flux, légaux et illégaux. C’est pour cela que ce qui me semble important, c’est de donner à voir aussi quels sont les processus de rapprochement, les pratiques frontalières qui jettent des ponts. Ces coopérations peuvent porter sur des accords scolaires, sanitaires, migratoires (pour faciliter la circulation des personnes, ou la freiner…), la gestion d’espaces naturels en commun, des programmes de développement, etc.
Vos travaux de recherche se focalisent sur l’Amérique centrale, quels sont les enjeux frontaliers de cet isthme, de la taille de la France, qui compte dix frontières étatiques ?
Une région de la taille de la France et qui compte 7 États et 10 frontières, c’est un laboratoire à ciel ouvert pour qui a envie d’étudier les frontières ! C’est ce qui m’a poussé à m’y intéresser, outre l’attrait que j’avais pour l’Amérique latine. Les frontières en Amérique centrale ont longtemps été objets de revendications et de conflits frontaliers notamment dans l’affirmation des délimitations des territoires nationaux. Par exemple, le Nicaragua et le Costa Rica sont aujourd’hui devant la Cour de la Haye pour régler leur différend frontalier sur le fleuve San Juan. Les frontières sont aujourd’hui globalement stables puisqu’on observe des initiatives de coopération qui visent à les pacifier et développer les régions frontalières. C’est un signe positif qu’il faut soutenir.
Qui sont ces bâtisseurs de ponts ? De quels outils disposent-ils pour produire ces coopérations ?
Certaines coopérations sont portées par les États à travers des accords binationaux officiels. Cela dit, excepté au sein de l’Union Européenne, les États ne disposent pas de réels outils de coopération. De plus en plus de projets sont également portés par des ONG ou des organismes internationaux. D’autres coopérations sont le fruit d’initiatives locales de la part des populations frontalières, mais le degré souvent faible de décentralisation politique ne permet par toujours aux acteurs locaux de porter leurs projets. Ces populations souffrent bien souvent d’un abandon des gouvernements centraux qui ne font pas grand cas de ces régions périphériques hormis pour des questions stratégiques de souveraineté.
Vous insistez sur l’inscription de ces coopérations transfrontalières dans un double contexte : créer des liens entre États et renforcer les limites étatiques. Au final, ces coopérations transfrontalières sont au bénéfice de quels acteurs et servent quelles stratégies ?
Il ne faut en effet pas forcément opposer frontières ouvertes et frontières fermées. L’ouverture et la fermeture sont réversibles et sélectives (par exemple les circulations humaines peuvent être contraintes mais celles des marchandises favorisées). Les processus de coopération transfrontalière ne sont pas là pour effacer les frontières mais pour permettre aux régions frontalières de mieux se développer tout en créant du lien entre les pays. Pourtant ce n’est pas toujours le cas : certaines coopérations priorisent le contrôle des circulations humaines ou du narcotrafic et tendent plus à fermer les frontières qu’à les ouvrir. Ce que j’analyse justement en tant que géographe, ce sont les effets de la présence d’une frontière sur les territoires.
Recueilli par Anaïs Trousselle, doctorante en géographie à l’UM3.
Centre Rabelais, boulevard Sarrail.
Ce soir, 20 h 30. Entrée libre. Sur
montpellier.fr et Divergence FM (93.9).

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