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CHEF D’UN GRAND SOIR

Posted By admin On 18 avril 2013 @ 0 h 00 min In Sorties | No Comments

Samedi le chef d’orchestre Alain Altinoglu dirigera l’Orchestre National de Montpellier, accompagné de la Mezzo-Soprano Nora Gubisch, dans un programme Debussy (Prélude à l’après-midi d’un faune), Mahler (Rückert Lieder), Stravinski (Le sacre du Printemps). Un retour aux sources pour ce chef demandé aux quatre coins du monde, qui fut le tout premier invité il y a une dizaine d’années, par l’Orchestre de Montpellier.
Vous rappelez-vous ce jour où l’on vous a demandé d’assurer une répétition, vous qui n’étiez ‘que’ jeune pianiste ?
C’était la première fois de ma vie. Je me suis retrouvé chef principal car l’initial était parti à l’accouchement de sa femme. Un grand challenge mais aussi l’angoisse de savoir ce qui va se passer quand on va lever le bras. Cela allait-il me plaire ? J’avais juste 25 ans.
C’est devenu votre activité, au détriment du piano ?
Oui au fur et à mesure. Cela demande beaucoup d’heures de travail par jour. Je ne peux plus faire de choses très sollicitantes, comme un récital tout seul. Je m’éclate tellement dans la direction même si au passage, je perds ce rapport presque sensuel avec l’instrument. Ce sont les autres qui font les sons, et en cela, oui, le piano me manque.
On raconte qu’un orchestre peut jouer sans chef…
Cela dépend des orchestres et des œuvres. Le Sacre du printemps, c’est impossible. C’est la chose la plus difficile du répertoire symphonique. Évidemment, si le rôle du chef se cantonne à faire le flic sur la route ! Ce qui le singularise, c’est l’interprétation, comme un metteur en scène et ses acteurs.
Qui applaudit-on ?
Parfois le public n’est pas assez technicien, ne sait pas vraiment ce qui vient du chef, ou ce qui vient de l’orchestre. Ou des deux. Les connaisseurs peut-être. L’interprétation fait toute la différence.
On dit que vous avez suivi un parcours à l’ancienne. Que faut-il entendre par cela ?
J’ai suivi la tradition : commencer en bas de l’échelle et monter peu à peu. J’ai été répétiteur, j’ai été souffleur à l’opéra de Paris, j’ai aidé les régisseurs, et je suis devenu assistant. Quand Gounod a fait Faust, son pianiste c’était Bizet !
Ce remplacement, et puis votre compagne, Nora Gubisch que vous accompagnez… Que d’heureux hasards !
Remplacer un chef d’orchestre à l’arraché, je pensais que ça ne m’arriverait jamais. Deux ans après, j’ai continué à Montpellier. J’étais le seul à connaître la partition, il y avait presque obligation que ce soit moi (rires). Le ‘est-ce que tu peux venir à Berlin dans deux jours ?’, maintenant je ne peux plus ou c’est très exceptionnel. Avec Nora, on se connaît depuis l’âge de douze ans, c’est plus qu’un heureux hasard !
Fusion, à la scène comme à la ville, comment la vivez-vous ?
C’est la vie. Au piano, je n’en ai jamais accompagné d’autres.
Vous connaissez bien l’orchestre de Montpellier pour l’avoir dirigé une centaine de fois. Comment l’aborde-t-on ?
Avec beaucoup d’amitié. J’ai été leur premier chef invité. Certains musiciens me sont devenus très proches. À mes débuts, ils m’ont beaucoup soutenu. Ils me disent qu’ils aimeraient que je sois leur directeur musical. Ils sont adorables malgré leur situation.
Êtes-vous candidat ?
Mon emploi du temps ne le permet plus et j’espère qu’ils vont trouver quelqu’un qui leur plaira. C’est un orchestre génial. Motivez-les et ils donnent absolument tout. En cette période difficile, il y a de la déprime. On a la chance d’avoir la musique, une émotion qui nous porte. Ce matin, on répétait le Sacre, on était comme dans une bulle.
Certains chefs apprennent à diriger devant un miroir !
Notre métier c’est de faire des signes à des musiciens, avec les yeux, avec les mains… Je conseille la vidéo. Dans un miroir, on se regarde faire. Quand un musicien dit de son chef ‘qu’il a appris devant un miroir’, c’est qu’il manque de souplesse et ne sait pas s’adapter. On n’obtient pas tel son avec tel geste. À Montpellier, on a cette chance de si bien se connaître que je n’ai pas à tout expliquer.
Quelles qualités doit avoir un orchestre pour accompagner ?
Un orchestre doit savoir écouter son (sa) chanteur (se). Il doit savoir s’effacer devant lui (elle). À Montpellier, c’est un orchestre qui joue de l’opéra, et c’est naturel pour lui. Il sait aussi devenir leader pour l’aider et le (la) soutenir.
Comment définir, Nora Gubisch, en toute objectivité…
On est tellement semblables que c’est comme si je me faisais des compliments moi-même. Elle a un timbre unique, un mezzo très chaud, une diction magnifique, une musicalité exceptionnelle, un charisme sur scène qui lui permet de capter l’attention du public.
Qu’aimeriez-vous apporter au public montpelliérain ?
La joie d’écouter de la musique classique. Aux jeunes aussi.
Écoutez-vous des musiques actuelles ?
Moi j’écoute tout ce qui est de qualité… Le jazz évidemment. Et Psy ! Mon fils de 7 ans écoute en boucle ce coréen dont la vidéo a été vue un milliard et demi de fois ! Vous vous rendez compte ?
Mais vous-même, avez orchestré un énorme mix entre Jeff Mills, le DJ techno et l’orchestre il y a quelques années. Quel souvenir en gardez-vous ?
C’était au Pont du Gard, c’était super-marrant. C’est sûr qu’avoir dix mille personnes qui s’éclatent devant l’orchestre, ce n’est pas dans mes habitudes. Une super-expérience.
Corum, Opéra Berlioz. Samedi, 20 h. 19/32 €.


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